À la Une

Le grand plongeon

Discworld-II

L’entrée des artistes :

Lundi 5 novembre 2018, c’est le grand plongeon. Enfin, ça s’avérera plutôt être une délicate glissade dans une baignoire tiède remplie de mousse (avec un canard en plastique aux couleurs de la bienveillance).

L’appréhension était à son paroxysme, et bien qu’ayant visité le service auparavant, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre et surtout, ce que mes supérieurs allaient attendre de moi. Lorsque j’étais venu, ils m’avaient bien fait comprendre qu’ils avaient conscience que je ne connaissais rien à leur art et que tout était à apprendre. C’était déjà ça. Mais l’intégralité des internes que j’avais vu durant mon externat étaient des personnages aussi blancs que leur blouse, toujours en train de courir, toujours en staff, toujours en RCP, toujours en train de finir un compte-rendu…Et je ne me sentais pas prêt à rentrer dans ce tourbillon d’un seul coup.

Bref, tout ça pour dire que la semaine précédant l’internat, j’ai perdu 2 kilos, pour des raisons physiologiques évidentes.

J’arrive donc à 8h30 et suis reçu par un PH et le chef de service au café. On va attendre les deux autres internes, puis faire une petite entrevue avec le chef. Lesdits co-internes arrivent, et ont le bon goût d’être à la fois très gentils, mais également déjà passés dans le service.

Reçus par le chef, il nous explique que « nous ne sommes pas là pour pallier au manque de médecins dans le service » et que nous sommes en surplus. Du coup, nous devons nous arranger entre nous pour voguer entre les diverses missions du service. Nous allons avoir des cours les mardis et jeudis soirs durant un mois, afin d’avoir le minimum vital pour pouvoir faire des choses seuls. Plutôt bien comme organisation : grande liberté de mouvements (et je suis de ceux qui pensent que c’est en réfléchissant comme ça qu’on donne envie aux gens d’apprendre), et on ne s’attend pas à ce que le pauvre petit premier semestre connaisse déjà tout de la spécialité.

Les inévitables formalités administratives réglées, sur les coups de midi, nous partons manger à l’internat. J’ai la bonne surprise de voir que le chef de service et quelques PH déjeunent chaque midi avec les internes/assistants, chose qui n’était pas du tout évidente pour moi, mais qui fait partie des « petites choses » qui resserrent les liens dans un service.

Je suis opérationnel pour commencer dès l’après-midi.

 

Au boulot :

Je fais rapidement connaissance avec mes co-internes qui ont tous les deux pour vocations de devenir légistes. Un d’eux est interniste et l’autre est anapath. Ce dernier est déjà passé en tant qu’interne dans le service : il connaît tout le monde, connaît le mode de fonctionnement du service, et connaît bien le boulot. C’est une super personne-ressource et je vais être un véritable poids avec la masse de questions que je vais lui poser !

Bref, le lundi après-midi, il y a deux corps à examiner. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’autopsie demandée, juste un examen externe, pour voir si les causes de la mort sont compatibles, si on identifie bien la personne etc. Il s’agit donc de détailler les vêtements de la personne, de détailler ses signes distinctifs (cicatrices, bijoux, tatouages…), de détailler les lésions que l’on peut apercevoir et de dire si les lésions sont compatibles avec la cause de la mort telle que rapportée (Je n’irais pas plus loin dans les exemples pour préserver l’anonymat des patients que nous avons pu voir, j’en reparlerais quand je pourrais éviter de donner des détails sur la date où j’ai vu tel ou tel corps.)

Revenus de l’IML, mon co-interne m’explique comment fonctionne les consultations adultes, pour les victimes de violences. Nous en faisons une ensemble, il m’explique comment rédiger un certificat (tout au passif, au conditionnel…), comment coter une ITT (= Interruption Temporaire de Travail).

Pour le planning, nous prenons tous les trois le parti de dire « on verra au jour le jour ».

Le mardi matin, je suis embarqué avec le médecin de déplacement, c’est-à-dire celui qui fait les levées de corps (les « constatations de décès »), et les examens des gardés-à-vue (pour dire s’ils sont compatibles avec une garde à vue de 24h). C’est une pédiatre légiste, et elle participe à un staff le mardi matin, dans une unité de la pédiatrie où l’on fait le tour des questions de maltraitance au sens large. Elle apporte donc son « expertise », en tout cas son avis sur certains dossiers, d’enfants battus, d’enfants secoués, d’enfants dans des situations préoccupantes. Ce staff est composé de pédiatres, d’assistants sociaux, de personnes de la PMI… Il fait un grand tour et brasse beaucoup de petits patients en une matinée, c’est très enrichissant.

Dès la fin du staff, la médecin est appelée pour une garde à vue : examen médical, contrôle des médicaments, des antécédents sont au programme pour voir si la personne est apte à rester dans sa cellule pour 24h.

Dans l’après-midi, nous sommes appelé pour une levée de corps. Il s’agit ici de dater au mieux le décès, de trouver les signes distinctifs permettant d’affirmer que la personne est bien celle que l’on pense (pour exemple, ici, nous avons mis en relation un ancien compte-rendu d’hospitalisation et les cicatrices du cadavre pour dire que tout était compatible), et de dire s’il y a un « obstacle médico-légal » lors de la rédaction du certificat de décès, qui permettrait au magistrat de décider d’une autopsie. Ce n’était pas le cas ici.

Le mercredi, je vais aux auditions pour mineurs. C’est un mode de fonctionnement très intéressant. En effet il existe dans le service une salle d’audition où la police auditionne des enfants, avec une vitre sans teint et un enregistrement, qui permet de ne pas avoir à faire répéter 50 fois à l’enfant une information qu’on n’aurait pas comprise. La procédure est très protocolisée : la personne amenant l’enfant voit d’abord une psychologue avec l’enfant, pour discuter de la procédure. Puis la psy voit l’enfant seul, lui pose des questions sur sa vie, ses activités, pour le mettre dans de bonnes dispositions et voir s’il est enclin à la discussion. L’officier de police vient ensuite se présenter, et présente à l’enfant et ses accompagnants la salle d’audition et la salle d’enregistrement. Puis un des officiers va avec l’enfant dans la salle d’audition, pendant que nous sommes à l’enregistrement (un micro permet de transmettre des informations au policier qui fait l’interrogatoire). A l’issue de l’audition, l’enfant est vu par un médecin, avec un examen orienté en fonction de ses révélations (et donc, plus ou moins un examen génito-anal par exemple). Ce mode de fonctionnement est très intéressant.

Le jeudi matin, je fais des consultations en binôme avec mon co-interne : violences physiques, verbales, harcèlement moral, accidents de la voie publique, accidents de travail, violences conjugales… L’exercice est assez varié et les histoires les sont tout autant. Je suis de plus en plus à l’aise avec la rédaction des certificats, et j’ai surtout envie de ne pas tenir la patte de mon pauvre co-interne trop longtemps. Nous prenons les consultations d’un médecin prévu pour ça, qui propose gentiment de m’accueillir, mais le travail en binôme fonctionne déjà très bien donc nous faisons 1 consultation sur 2.

Le jeudi après-midi, je suis avec un médecin qui fait des expertises. La sécurité sociale nous demande, par exemple, si « le patient était apte à travailler à telle date ». Sont joints au dossier des certificats médicaux d’une hospitalisation ayant entraîné l’arrêt de travail contesté par la sécu. Exercice complexe, il faut s’aider du dossier et de l’examen clinique pour se prononcer. Je n’en ai pas encore fait assez pour avoir un véritable avis ou pour pouvoir expliquer bien clairement de quoi il retourne.

Le soir, nous avons cours dans le service sur le « droit pénal » puis sur « l’examen des victimes » au sens large, qui permettent de mieux comprendre ce que je fais depuis quelques jours, et de donner des pistes pour pouvoir s’autonomiser rapidement.

Le vendredi matin, j’accompagne un PH à une présentation sur « les dangers des stupéfiants ». On propose cela à des gens qui, plutôt que de subir une condamnation, choisisse de suivre ce stage de sensibilisation qui coûte 120 euros et dure une journée. Un peu comme pour les points du permis. Le médecin durant deux heures présente l’historique de diverses drogues, leur effet sur le cerveau et sur la santé, dans un exercice de vulgarisation pas toujours simple. Pour les personnes suivant ce stage, l’après-midi est consacrée à une table ronde sur les conséquences sociales de la consommation de stupéfiants.

Vendredi midi, staff « autopsies de la semaine », avec images intéressantes, points délicats, discussions sur les conclusions et sur le type de prélèvements effectués…Puis une petite séance de biblio, qui aura lieu tous les vendredis, pour se tenir à jour. Parfait !

L’après-midi, je suis en consultations pour mineurs. J’y vois de l’examen pédiatrique global, orienté en fonction des dires des enfants et de leur motif de consultation. C’est l’occasion de faire un check-up pédiatrique chez des enfants qui ne sont pas nécessairement suivis par ailleurs. Echanger avec des PH pédiatres de formation est très enrichissant.

Le lundi suivant, enfin, la sacro-sainte autopsie. Non pas que j’attendais cela avec impatience, mais puisque dans l’esprit des gens on ne fait que ça…Autant avoir une petite idée de ce que c’est, quand même ! (J’espère que mon article aura montré que la mort est bien loin d’être notre fond de commerce principal)

Nous partons donc à l’IML, où j’aurais pour charge de prendre les notes de l’autopsie (évidemment, on ne va pas demander au nouvel interne de pratiquer ce qu’il n’a jamais vu !). La salle est un mini-amphithéâtre, on voit très bien ce qu’il s’y passe. Des policiers en charge de l’enquête suivent l’autopsie, mettent les prélèvements sous scellé. Quant à moi je découvre la façon de procéder, le professeur me montre des éléments d’intérêt, comment conclure, le poids normal des différents organes…Toute une masse d’informations à acquérir. Les dossiers sont néanmoins intéressants, mais je ne m’étendrais pas dessus aujourd’hui.

La reine des spécialités ?

Sept jours d’internat, sept jours différents. C’était l’objectif dans ma vie : avoir une activité variée. Je suis de plus en plus confiant dans mon choix. L’équipe aide beaucoup, et tout le monde est très sympa, c’était aussi un point très important.

Après trois années d’externat, à travailler pour un concours et pas pour moi, je réapprends à être heureux de me lever le matin.

Et surtout, la journée, je ne vois pas passer les heures.

Vivement la suite !

 

 

 

 

Publicités

Journée bébé secoué : état de l’art

il-ne-faut-jamais-secouer-un-bebe-le-chatFraîchement sorti du colloque du 7 décembre 2017 « Syndrome du Bébé Secoué » (SBS), j’écris ce billet pour essayer de retranscrire ce que les différents intervenants ont pu apporter, et plus globalement pour expliquer ce syndrome aux personnes lisant ce billet. Vous excuserez donc celui-ci qui fait un peu « catalogue » : je me sers de mes notes des différentes interventions.

Encore un truc pas très heureux, mais ce sentiment aurait-il la même valeur s’il n’y avait rien pour le mettre en balance ?

Le SBS est un des grands diagnostics de maltraitance qui doivent être connus de tout médecin (c’est d’ailleurs pour ça que le collège de pédiatrie en parle pendant au moins 3 lignes (…) ), car pas si rare et surtout pourvoyeur de séquelles neurologiques lourdes, allant jusqu’à la mort.

Il intervient lorsque quelqu’un secoue violemment un bébé (jusque là même le plus orthopédiste des chirurgiens avait compris) et associe pléthore de symptômes neurologiques, en lien avec les hématomes sous-duraux qu’il provoque, ainsi que l’arrachement des veines pont. L’autre lésion classique est l’hémorragie rétinienne, retrouvée au fond d’œil.

On retrouve donc souvent le même scénario, que je vais illustrer avec le cas clinique que les collègues nantais ont présenté.

Cas clinique de présentation :

  • Bébé de 3 mois, 2ème enfant de la famille
  • Consulte aux urgences pour hypotonie, vomissements, intolérance alimentaire
  • Les premiers symptômes auraient été un « coup de fatigue » qui s’avéreront être plutôt du ressort de la convulsion ensuite.
  • Grossesse normale, suivi régulier, croissance normale, aucun ATCD sauf des bleus du visage récidivants depuis l’âge de deux mois qui disparaissent spontanément, bilan de coagulation normal
  • Le bébé est douloureux, pâle, somnolent, hypotonique
  • Sur le visage on retrouve 5 ecchymoses bilatérales

Que retenir de cette présentation ? Principalement qu’un enfant de 3 mois ne se fera jamais ces ecchymoses seul. 

  • Dans la nuit l’enfant reconvulse => TDMc qui retrouve des HSD d’âge différent avec un doute sur une fracture à l’occiput
  • Le fond d’œil ne retrouve pas d’hémorragies rétiniennes (non nécessaires pour poser le diagnostic)
  • Les radios de squelette entier montrent de multiples fractures de côtes que l’on peut mettre en rapport avec la façon de tenir le bébé en le secouant.
  • Pendant l’entretien avec les parents, le père mime un geste de secouement en serrant les mains, en demandant « est-ce que ça pourrait être ça ? je n’ai jamais fait ça, peut-être sa sœur de 2 ans ? »
  • Le diagnostic de « traumatismes non-accidentels répétés » est posé.

 

Bref, j’écris ce cas succinctement pour présenter le SBS : un bébé qui vient aux urgences pour vomissements, convulsions, fatigue isolée, détresse respi…Doit mettre la puce à l’oreille en fonction du contexte. Il faut voir l’explication des parents, regarder les lésions externes (ici les ecchymoses sont de classiques lésions sentinelles souvent retrouvées avant qu’on en arrive au secouement de l’enfant), et surtout ne pas être dans le déni, et évoquer le diagnostic bien qu’il paraisse horrible.

L’enfant du cas clinique aura profité d’un signalement, d’une ordonnance de placement (ainsi que sa sœur). A ce jour il a pour séquelles principalement des difficultés motrices, un retard de langage et une labilité émotionnelle.

 

Biomécanique du secouement :

L’intervenant suivant expose ses travaux sur les différentes forces nécessaires aux lésions. Il explique qu’en anglais on appelle ce syndrome le « whiplash shaken infant syndrome » et que le mot « whiplash » est approprié puisqu’il rend compte de la violence du secouement (« coup de fouet »)

Il explique l’importance des mouvements angulaires de la tête du bébé, qui ne sont pas accompagnés par le geste comme les mouvements antéro-postérieurs. Ce sont ces mouvements qui arrachent les veines ponts dans l’encéphale du bébé, alors même que ces veines ne sont pas fragiles.

D’après ses travaux, les lésions du SBS, sont VIOLENTES, PAS MALADROITES, TOUJOURS VOLONTAIRES.

Ainsi dans les manœuvres de jeux (faire l’avion…) la tête reste dans l’axe, le mouvement est accompagné, il n’y a JAMAIS DE HSD.

De même lors des traumatismes crâniens accidentels, les HSD ou les HED sont EXCEPTIONNELS. (il n’y a pas d’accélération angulaire)

Plus impressionnant, entre un impact contre le mur et un secouement, il y a la même amplitude de mouvement. Le secouement peut s’apparenter à une placage de football américain ou un AVP à haute énergie (80km/h). Le secouement est plus violent qu’une descente en grand huit.

Il faut donc toujours avoir un regard critique sur les mécanismes évoqués : ils ne peuvent être accidentels.

 

Cas clinique rennais :

Je ne recopie pas tout le cas clinique présenté, je note cependant quelques messages forts :

  • Des vomissements isolés sans diarrhées aux urgences doivent orienter vers une cause neurologique, et pas nécessairement vers une gastro-entérite aiguë.
  • Il existe une absence d’intervalle libre entre les faits et les symptômes, autrement dit les symptômes apparaissent directement après le secouement.
  • Les séquelles sont fréquentes (50 à 70% de séquelles tardives)
  • Le SBS est létal, 1 à 2 autopsies par an dans la seule région rennaise.

 

Les nouvelles recommandations HAS de 2017 :

De nouvelles recos sont sorties pour prendre en charge et faire le diagnostic de SBS.

Elles mettent en avant le fait que le pronostic est mauvaise si l’enfant est très jeune, les lésions sont diffuses, les gestes sont répétés et s’il existe un retard du soin. La mortalité est supérieure à 10%.

Ces nouvelles recos ont été écrites face à des lésions nouvellement décrites (rupture des veines ponts et HSD périmédullaire)

On retient donc comme lésions appartenant au SBS :

  • Les HSD, surtout d’âge différentes
  • Les hémorragies rétiniennes
  • Les ruptures des veines ponts
  • Des lésions squelettiques, et un mécanisme compatible

On classe ensuite le diagnostic en « certain », « probable » ou « écarté ».

sbs

Voilà comment j’explique grossièrement les nouvelles recos. Vous pouvez les retrouver dans leur intégralité ici : Recos HAS 2017 et ce d’autant qu’elles sont très bien faites.

 

Chroniques d’un secouement annoncé : pourquoi secoue-t-on un bébé ?

Intervention intéressante qui permet de préciser quel bébé est plus à risque d’être secoué.

On retrouve comme facteurs de risque (à voir dans les recos 2017) :

  • Le sexe masculin
  • La prématurité
  • Des pathologies périnatales
  • Une grossesse multiple
  • Des grossesses rapprochées ou non désirées
  • Des pleurs, des troubles du sommeil, des difficultés alimentaires
  • Une intervention antérieure des services sociaux

L’âge médian du secouement serait à 5 mois.

Les pleurs de l’enfant sont vécus comme une persécution par certains parents. Le secouement est une solution de facilité car il « endort » le bébé. De ce fait, le secouement est réitéré dans 55% des cas, en moyenne 10 fois. Lors des passages aux urgences, il existe 27% de lésions antérieures d’allure traumatique.

Le sous-diagnostic est favorisé par le déni , la sidération, l’habituation ou la minimisation de la part des équipes soignantes. En effet dans 30% des situations de maltraitance physique sévère, il existait une lésion sentinelle auparavant (ecchymose, hématome…)

 

Apports de la radiologie :

 

Si le diagnostic repose principalement sur la combinaison TDMc (puis IRMc) + FO + Radio de corps entier, une équipe rennaise a testé d’autres moyens diagnostics.

Elle met donc l’accent sur l’ETF, « assez pratique pour voir les HSD chroniques » et surtout assez disponible.

De plus, elle précise l’intérêt de l’IRM médullorachidienne qui est assez systématique lorsqu’on fait l’IRMc, qui permet de mettre en évidence des HSD médullaires.

Dans son étude radio corps entier VS IRM corps entier, il est mis en évidence :

  • La radio a une sensibilité plus importante que l’IRM quand les examens sont faits isolément
  • La combinaison radio + IRM augmente la sensibilité
  • L’IRM a un intérêt dans les lésions des parties molles qui sont fréquentes

Donc la radio reste indispensable, mais l’IRM corps entier peut permettre une meilleure détection si on combine les deux.

Aveux et profils des auteurs :

Cette intervention d’une légiste de Paris permet de préciser plusieurs points sur les auteurs et les victimes.

Ainsi, le secouement se fait toujours lors d’un huis clos entre l’auteur et l’enfant. Il n’y a jamais de témoin. L’auteur ne dit jamais à l’hôpital ce qu’il s’est réellement passé.

Il s’agit du père dans 50% des cas, de la mère dans 30%, de la nourrice dans 20%. L’auteur n’est JAMAIS UN ENFANT.

Le facteur déclenchant principal est les pleurs, qui sont souvent pris comme une attaque personnelle. On les retrouve quasi systématiquement dans les auditions des personnes qui avouent.

Il n’existe PAS DE PROFIL TYPE. Ce qui signifie que peu importe le milieu social, un enfant peut être touché. Il existe souvent en parallèle un contexte de violences conjugales.

Les effets sont immédiats dans 100% des cas, comme nous avons vu précédemment :

  • « Il arrête de pleurer et veut dormir » (55%)
  • « Il est mou » (41%)
  • « Son regard a changé » (38%)
  • « Il avait du mal à respirer » (24%)

 

 

Conclusion :

A travers ces différents intervenants, ma compréhension du SBS s’est parfaite. Beaucoup d’éléments étaient très intéressants et surtout très actuels. J’espère que j’ai réussi à transmettre correctement ce que cette journée a pu m’apporter. Si jamais il y avait une correction à faire, vous pouvez me contacter sans aucun problème.

Médecin légiste? Quelle idée !

thinkingskeleton

C’est vrai, ça, « quelles espèces de pulsions morbides te poussent à ne voir que des morts ? »

Il y a tellement de choses fausses dans cette question…

Mais je vais essayer de hiérarchiser ma pensée et de commencer par le début, et j’entends par là le début de ma vie. Loin de moi l’idée de prétendre avoir une vie exceptionnelle, je pense cependant que nos choix de carrière peuvent remonter à plus loin qu’on ne le pense.

Avant la PACES :

Me voilà donc jeune garçon, et je ne vous ferai pas l’affront de vous dire que « j’ai toujours voulu être médecin légiste ». C’est bien sûr faux. Comme tout le monde, j’ai voulu tenir un magasin de bonbons et devenir testeur de jeux vidéo.

Dans une époque reculée où internet n’était pas dans toutes les maisons, un des passe-temps des enfants était de lire et de s’instruire. Les temps changent. C’était la principale source d’informations dont on pouvait disposer, la télévision mise à part. Je me revois alors jongler entre les Mickey Parade et autres Super Picsou Geant, les J’aime Lire, les Chair de Poule…Bref j’étais un gros consommateur, et le fait de ne pas aller acheter mon livre au marché le dimanche provoquait un craving immédiat. A la fin de l’école primaire, je découvrais les magazines de science, au sens large, les livres de vulgarisation, les émissions « c’est pas sorcier ». Ca m’accrochait énormément. Et je me souviens parfaitement avoir dévoré des « encyclopédies pour enfants », traitant de dinosaures, de nouvelles technologies, de petites notions de physique… Et, donc, dans une des ces encyclopédies qui traine d’ailleurs toujours à côté de moi ( Dokeo vous dit bonjour), j’avais découvert les principes de la police scientifique.

Dans le contexte des années 2000, le livre donnait l’eau à la bouche, avec plein de perspectives sur le séquençage de l’ADN, le fait de découvrir des traces, le fait de faire des prélèvements…Je me souviens être tombé en amour de cette double page et avoir dit à partir de mes 12 ans : « c’est la police scientifique que je veux faire ».

J’ai donc vécu une scolarité normale, avec une arrivée en seconde où pas grand monde ne savait me dire quelles études faire, alors comme le plus grand nombre j’ai fait S, parce que si on veut réussir dans la vie il faut faire S.

Finalement le seul attrait que j’avais pour cette filière était la biologie. Je me serais bien mieux vu dans un cursus littéraire, mes matières préférées étant la philosophie et le français. Arrivé en terminale, j’avais plusieurs idées qui traînaient dans le fond de mon esprit : travailler en laboratoire d’analyse, ou être sur le terrain. Peut-être faire du droit ? Ça rentrait bien dans le cadre de ce qui m’intéressait. Mais me passer de la biologie aurait été impensable, découvrir les choses du corps humain était pour moi un véritable plaisir.

C’est en ce sens que la conseillère d’orientation me dit : « bah, faut faire médecine, ça t’ouvrira toutes les portes ».

Cette discussion a eu au moins le mérite de me faire réfléchir à « et pourquoi pas médecine légale ? ». Il y a du droit, il y a des déplacements sur le terrain, il y a de la science…Ca semble parfait. En plus, je suis difficilement impressionnable, la mort ne me fait pas peur, la violence non plus. J’ai le mental pour ce boulot. J’ai lu plein de science-fiction, j’écoute de la musique extrême, j’ai vraiment le profil type du gars louche qui va découper des morts.

Mais merde, ça veut dire passer le concours de PACES, aussi. Moi, l’élève avec tellement de facilités qu’il n’ouvrait jamais ses cours pour réviser ? Ca va faire un choc. (et oh mon Dieu j’avais raison)

Pendant la PACES :

Bac S en poche, je m’inscris donc à la fac de médecine. La perspective de pouvoir « finir quand même en pharma » (phrase qui me désole) était une roue de secours, malgré tout : « au pire », je pouvais faire de la recherche, de la toxicologie, travailler dans un laboratoire…Dans les deux cas, je ne serai pas malheureux. C’était déjà une chance par rapport à bon nombre de PACES qui ne prendront autre chose que médecine que par défaut.

Echec lamentable la première année, à laquelle je n’étais pas du tout préparé, travail irrégulier, concours blancs déprimants (spéciale dédicace au kyste pilonidal dont j’ai dû subir les affres durant la deuxième partie du concours)… Je finis 750/3000 environ, aux portes du classement pour avoir pharmacie.

La deuxième PACES se passe mieux, et j’interpelle ici le lecteur de première année qui se serait perdu sur mon blog : tout le monde peut réussir. Je vais te le prouver.

Je m’étais bien renseigné sur la pharmacie, c’était devenu mon choix numéro 1. Pour avoir ce que je voulais, il y avait la perspective d’un concours pour travailler dans l’industrie ou la recherche, et ce cursus me convenait bien car dès la 3è année on pouvait se faire un peu d’argent en travaillant en officine. J’étais donc parti avec la ferme intention d’avoir pharmacie et de laisser médecine de côté, beaucoup trop contraignant : il n’y avait que la médecine légale qui m’intéressait, ça impliquait (à l’époque) de viser une bonne place à l’ECN pour être anapath (spé la plus intéressante pour se spécialiser en médecine légale ensuite), de vivre 3 années d’externat qui ne m’enchantaient pas vraiment, finalement d’emmagasiner des connaissances juste pour atteindre une spé et tout oublier après.

A la première moitié du concours, j’arrivais 350è, soit environ le dernier classé en médecine. « Parfait, pour pharma c’est quasiment dans la poche ! ». Et toi, petit PACES perdu, note dans un coin de ta tête que tout est possible puisque j’ai eu ce classement avec 5/20 en physique.

Je détestais tellement la façon dont étaient traité ceux qui prennent pharmacie, que je me suis inscrit malgré tout à la spé médecine, pour me classer dedans et dire quand même que je prenais pharmacie, sans regret. C’était une manière forte pour moi de valoriser le choix que je faisais.

Au final j’avais révisé à fond la spé pharma, rien du tout en médecine, et par un coup du sort j’étais malgré tout classé 270è en médecine, et sûrement dans les 10 premiers en pharmacie.

C’est con, en fait, comme situation. Ca entretient le doute.

Les quelques semaines avant de choisir ont été complexes. Puis en en discutant avec ma famille, je me suis rendu compte que la seule barrière qui m’empêchait de faire médecine, c’était la peur de l’ECN, de finir dans une spé qui ne me correspondrait pas du tout. J’ai regardé les rangs limites. P’tain, pour avoir anapath faut être chaud quand même. En plus j’habite à 1h30 des hôpitaux parisiens, c’est pas en ma faveur. Aaaaah mais « au pire », je pourrais avoir biologie médicale, qui s’approche un peu de ce que je voulais faire à la base.

J’ai presque coché médecine la mort dans l’âme.

Après la PACES : 

Finalement j’ai assez peu de souvenirs de mes années P2/D1. J’étais un des résistants qui continuait d’aller en cours, par intérêt. Et qui refusait d’aller aux soirées, par désintérêt. Il faut dire que j’ai un peu du mal avec le folklore médical. Des gros beaufs, j’en ai déjà assez dans ma belle famille.

En D1 on nous proposait une option « mort suspecte », qui m’a conforté dans mon choix. J’y découvre que la médecine légale est au croisement de beaucoup de spé (MG, pédiatrie, anapath, psychiatrie, droit…), qu’il y a énormément de choses à apprendre. Et puis, les intervenants sont tous sympas, pas prétentieux, amoureux de leur job.

J’appréhendais beaucoup la D2, de peur d’être une grosse brêle en clinique et dans la communication avec le malade.

Rétrospectivement et quand je pense à un certain nombre de mes co-externes, je peux l’affirmer haut et fort : j’étais loin d’être le pire.

Je récupère des stages cliniques un peu au hasard : dermato en premier, bon stage avec une équipe bienveillante, intéressant quand on a tout à découvrir. Puis cardiologie, où j’ai compris que pour se faire un nom et/ou une place, il fallait être cardio, puis coronarographiste, puis spécialisé dans le-tiers-proximal-de-la-coronaire-droite-si-c’est-médial-voir-l’autre-spécialiste. Au secours.

Puis réa chirurgicale, qui ne m’a pas laissé un souvenir indélébile, puis chirurgie cardiaque, pas mieux.

J’appréciais malgré tout de découvrir tant de nouvelles choses. Le problème était qu’avec la perspective de l’ECN, il n’y avait plus de plaisir à apprendre.

La pression montait, et mes notes aux partiels me faisaient envisager le pire pour le concours. J’essayais de prendre le parti de regarder les spés « que personne ne connait » (génétique, santé pub…) pour voir si je n’aurais pas un coup de coeur ou au moins un plan de secours. La biologie médicale, toujours, mais aussi la santé publique. J’aimais bien la LCA car c’était la seule matière où on nous demandait de réfléchir.

C’est aussi en D2 que j’ai appris que médecine légale allait devenir une spé à part entière, source de stress intense puisque pour moi l’anapath restait une spé peu conventionnelle, alors que « médecine légale » (dans mon esprit en tout cas), ça fait beaucoup plus rêver le jour des choix.

Pour la D3 comme pour la D2, j’ai enchaîné les stages un peu au hasard. Urologie d’abord (à l’aide) puis neurologie (au secours). Travailler en service de médecine où tout le monde se marche dessus, sans moyens, en se tirant dans les pattes pour avoir un poste de chef, très peu pour moi.

J’ai choisis mes deux stages suivants « pour voir », pour me faire une idée à moi de ce que ça pouvait être. Médecine générale, d’abord, pour laquelle j’ai eu un praticien exceptionnelle. La rencontre avec la spécialité ne s’est pas faite, mais j’ai beaucoup apprécié le stage. Psychiatrie ensuite, qui a été pour moi une révélation. J’ai adoré prendre le temps avec les patients, avoir une composante sociale importante, chercher la subtilité dans le dialogue et l’entretien. Alors qu’au début j’avais peur de la relation soignant-soigné, j’étais devenu un des externes les plus à l’aise face aux patients. En même temps, être humain, c’est pas au programme de l’ECN, les autres avaient pas le temps pour ces conneries. On m’a même souvent dit « ah bah dommage de faire médecine légale ! ».

La D3 se termine avec difficultés et je vois les résultats de l’ECN qui me précèdent. In-croy-able. Médecine légale part jusqu’au 7400ème ! J’étais sur le cul. La spé que j’adore, rejetée par mes confrères. L’aubaine.

J’ai donc décidé de vivre une D4 en faisant ce qu’il me plaisait, sans prendre des stages planqués pour réviser, sans même bachotter au point de connaître la 52è ligne de chimio d’un lymphome non-hodgkinien. Comme ma fiancée et moi souhaitions quitter Paris, j’ai décidé de « viser entre 4000 et 5000 si possible », pour avoir un maximum de choix.

J’ai du coup fait un stage au SAMU social, exceptionnel, un stage de soins palliatifs du même acabit, puis un stage de psy et un de pedopsy. Meilleure année de mon externat, j’ai appris à être une belle personne face à des patients parfois (souvent) désœuvrés.

La sentence tombe, classé 5500 environ. Et retrospectivement, j’en suis heureux. Encore un petit complexe d’infériorité face à mes co-internes ou aux autres professionnels que je croise, mais la satisfaction d’avoir eu une vie correcte, une vie perso au top, un externat enrichissant, une formation à mon image, et donc pas adaptée à l’ECN.

Certains seraient en pleurs, moi j’avais plein de choix dans ma spécialité. Ou plutôt mes spécialités. Car si l’idée de la médecine légale était toujours là, la psychiatrie et ses sirènes m’appelaient vers leur DES.

Grosse hésitation durant l’été. Médecin légiste avec des stages de psy ? Psychiatre avec des capacités en médecine légale ? Pédopsychiatre ? Difficile, mais finalement, c’est un faux problème. Les deux spécialités me permettraient de m’épanouir. Comme je me disais que la médecine légale était un rêve de gosse, j’ai décidé de me jeter dedans, sachant qu’un droit au remord serait toujours possible en psychiatrie.

 

Et je me rends compte que j’ai pas vraiment répondu à « Pourquoi la médecine légale ? »… J’espère cependant que ce billet permettra à mes successeurs de faire un choix éclairé, si jamais ils se reconnaissent dans mon parcours. J’essaierai pour mes prochains billets de détailler mon choix entre psy et ML, et de présenter la ML plus largement.

 

 

 

Présentation, perspectives

Salut !

Moi c’est Thibaud, interne en médecine légale et fraîchement sorti de ma fac de médecine parisienne pour aller voir dans l’ouest si la vie n’y est pas meilleure.

J’inaugure ce blog qui je l’espère saura transmettre à mes successeurs des informations, des tranches de vie, des réflexions sur ce qu’est l’internat de médecine légale, et même plus largement sur ce qu’est la médecine légale dans sa globalité.

En effet lors de mon externat, et bien qu’ayant posé des questions à de nombreuses personnes sur Paris, je me suis aperçu que l’accès aux informations sur le nouveau DES était très compliqué. J’espère alors que les articles que je publierai au long de mon internat permettront de mieux comprendre de quoi il peut être composé , et pour le plus grand nombre, en quoi consiste cette belle spécialité qu’est la médecine légale !

Vous trouverez donc ici quelques billets sur mon parcours, sur mon choix de la médecine légale, ce qui m’a fait hésiter, ce qui m’a fait pencher pour elle. Mais aussi, j’essaierai de parler régulièrement de la vie et de l’activité du médecin légiste, bien éloignées de ce que l’on peut voir dans les fictions.

J’essaierai aussi éventuellement de déposer des cas cliniques, si possible tirés du réel, dans un esprit ECN pour les étudiants de deuxième cycle, qui manquent cruellement de formation dans cette spécialité.

J’ajoute en outre que je serai tout à fait heureux de répondre aux éventuelles questions que n’importe qui se poserait sur ma spécialité, pour cela, n’hésitez pas à me contacter ou à m’apostropher via les commentaires du blog.

Mon but, c’est d’ouvrir une porte sur cette spécialité trop peu connue en France.